Fractures des doigts fatales chez un bélier

Notre beau Goldorak est mort début mai. Euthanasié sur la table du vétérinaire après un essai chirurgical de réalignement des phalanges de son antérieur droit. La chirurgie n’a pas abouti. Les fractures sur les deux premières phalanges étaient déjà anciennes. Elles avaient commencé à se consolider et mal. Le déplacement des fragments osseux entrainait une telle déviation de l’extrémité distale du membre qu’il paraissait impossible à la vétérinaire que notre bélier puisse marcher à nouveau correctement et sans souffrance. Elle a choisi de ne pas le réveiller.

Jeune espoir

Ce jeune bélier d’une année à peine faisait partie de ma sélection d’élevage pour la promotion 2017. Sur 21 agneaux nés de mes brebis l’an passé, six avaient été retenus pour leurs belles caractéristiques. Principalement leur petite taille, ainsi que leur joli cornage et leur absence de pendeloques. Dans le cas de Goldorak, la couleur jouait aussi un rôle. En effet, sa coloration « noir dilué » qui lui conférait son aspect brun plus clair que le noir brunissant est plus rare (tout du moins en mon troupeau).

Blessure de taille, pourtant passée inaperçue…

Goldorak s’est blessé à l’insu de sa bergère. Un choc, une torsion, un coup d’un congénère… Il a probablement boité quelques temps avant que cette boiterie ne soit repérée lors d’un chargement pour un transfert vers une autre parcelle. Pourtant la boiterie était évidemment très importante avec une suppression d’appui presque complète. Goldorak posait à peine la pince de ses onglons lors de la phase d’appui de son antérieur droit.

Malgré ce handicap, ce bélier n’était jamais en retrait du troupeau. Il broutait et se déplaçait avec ses congénères de sorte qu’il a été difficile de suspecter le problème. Pas de perte de poids constatée. Lors des regroupements avec les chiens, il n’était pas à l’écart ou moins rapide. Il se fondait dans la masse galopante du troupeau. A une période où les moutons sont encore bien arrondis par leur laine, les fractures de Goldorak sont passées inaperçues.

 

Lors du chargement, qui s’opère par portage avec nos Ouessant, la déformation du membre antérieur droit était évidente. Les onglons dont la pousse avait été influencée par les changements d’appui étaient également très irréguliers. Ils étaient longs et inégaux sur le membre touché. Le boulet du membre était épaissi. La partie discale du membre correspondant aux doigts était déviée à environ 20 degrés de la verticale.

Erreur de diagnostique

Le traumatisme remontait probablement à une ou deux semaines. Son ancienneté ne permettait plus de suspecter une fracture au simple examen palpatoire. L’épaississement du boulet et la déviation des phalanges m’ont conduite au diagnostique d’entorse des doigts. En tant qu’ostéopathe, j’ai alors travaillé à libérer les tensions et  blocages du membres lésé. Les tendons notamment semblaient fortement rétractés. Venait également un fort ressenti de torsion du boulet.

Après deux semaines d’évolution, Goldorak semblait mieux. Le boulet était un peu moins gonflé. L’appui était néanmoins toujours très faible et l’ampleur de la déviation toujours importante. Sans la pose d’une attelle, il sera difficile de retrouver un aspect normal du membre.

Visite fatale!

Ce constat effectué un vendredi soir, le rendez-vous est pris chez le vétérinaire pour le lundi suivant. C’est pleine d’optimisme que je confie alors Goldorak à mon vétérinaire en fin de matinée. Son premier appel en début d’après-midi me confronte à une vérité bien éloignée de l’entorse que je suspectais et qui engage le pronostic vital du bélier.

Ce mouton a les deux premières phalanges de l’antérieur droit fracturées. Les fractures sont déplacées et un début de cal les a consolidées dans leur malposition. L’aspect des fractures et leur début de consolidation ne permettent pas d’espérer une utilisation correcte du membre au terme de la consolidation. Se dessinent deux choix pour le vétérinaire: me rendre le bélier en vue de le mettre à la boucherie ou tenter une chirurgie pour essayer de ré-aligner les fragments osseux.

Dans l’urgence du moment, au téléphone,  je décide de tenter l’intervention. Malheureusement, les nouvelles ne seront pas bonnes. Goldorak est euthanasié sur la table. Les résultats de la chirurgie sur son membre ne permettent pas d’espérer une meilleure consolidation par la suite.

Doutes et regrets….

Ce rapide enchaînement des évènements a conduit Goldorak à sa fin. Cela m’a ébranlée les heures et les jours qui ont suivi. Assaillie par les doutes et les regrets. Surprise par la nouvelle du membre fracturé et abasourdie par le pronostic si sombre, il m’a fallu prendre une décision rapide, à chaud,au téléphone, en quelques minutes, en quelques secondes. Entre la boucherie (alors que, chez Ouessant-d-ailleurs, aucun mouton n’y termine) et la chance même minime de réussir à sauver le membre grâce à la chirurgie, à un coût raisonnable, le choix de la chirurgie fut vite fait.

L’intervention n’a pas eu les résultats espérés. Elle a eu pour conséquence une perte de contrôle quant au choix de vie ou de mort de notre bélier. Ont alors suivi les interrogations. Bon nombre de chiens vivent une vie normale sur trois pattes… N’en aurait-il pu être de même pour Goldorak? Un accompagnement en ostéopathie n’aurait-il pas permis de l’aider à retrouver un équilibre locomoteur? La vie étant si précieuse, fallait-il réellement estimer que la souffrance de Goldorak nécessitait d’y mettre un terme? 

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Fractures des doigts fatales chez un bélier »

  1. Bonjour Catherine,

    Suite à votre article, je voulais vous faire part d’une alternative heureuse à l’euthanasie d’un mouton d’Ouessant suite à une fracture. À la fin de l’hiver dernier, Eugénie, l’une de mes plus belles brebis qui venait tout juste d’agneler, s’est fracturée une patte avant. Mon véto lui a posé une attelle qui n’a malheureusement pas permis la consolidation. Après cinq semaines, il a fallu se résoudre à amputer l’animal. Acte rarissime en élevage ovin, pratiqué pour la première fois par le praticien… Le résultat est probant: Eugénie a pu allaiter son agneau et vit sa vie quasi normalement au sein du troupeau…
    Elle s’est adaptée et son handicap ne semble pas lui porter préjudice. Elle se déplace au meme rythme que les autres et est d’ailleurs devenue plus proche de moi (du fait des soins qu’il a fallu lui prodiguer)…
    Petite anecdote à ce sujet… Lorsque j’ai annoncé la non consolidation à la femme du véto et qu’elle m’a dit qu’il n’y avait qu’une alternative… J’ai tout de suite pensé: euthanasie; l’idée de l’amputation ne m’a pas effleuré!!!
    Comme quoi les mentalités ont encore à évoluer…
    Bonne continuation.
    Thomas Szabo

    1. Bonjour Thomas,

      Un grand merci pour votre commentaire qui m’ouvre de nouvelles perspectives. Effectivement, l’idée de l’amputation ne m’a pas effleurée non plus (et encore moins mon vétérinaire…!). J’espère ne pas avoir à revivre cette situation, mais je garde précieusement en tête votre expérience avec Eugénie. Avec un grand troupeau, les tracas sont quand même relativement fréquents, il se pourrait que d’autres ennuis de la sorte surviennent dans le futur!

      Meilleurs messages,

      Catherine Brassaud.

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